Rue piétonne française avec potelets de sécurité protégeant les piétons sur le trottoir
Publié le 13 février 2026

454 piétons tués sur les routes françaises en 2024. Sept sur dix en ville. Ces chiffres, je les ai sous les yeux à chaque réunion avec les services techniques municipaux. La question qui revient systématiquement : comment protéger concrètement les usagers les plus exposés sans transformer la commune en forteresse de béton ? Le mobilier urbain apporte des réponses. Mais pas n’importe lequel, et surtout pas n’importe comment.

Ce que le mobilier urbain change vraiment pour les piétons

  • Les potelets et bornes créent une séparation physique véhicules/piétons efficace si espacés de 1,40 m maximum
  • 70 % des accidents mortels piétons surviennent en agglomération, là où ces équipements font la différence
  • Une implantation mal pensée annule totalement la protection et peut même créer de nouveaux dangers

Pourquoi les piétons restent les usagers les plus vulnérables en ville

Les projets que j’accompagne démarrent souvent après un accident. Une voiture montée sur le trottoir devant une école. Un stationnement sauvage qui masque la visibilité au passage piéton. Le problème est rarement technique au départ. C’est une question de flux et de conflits d’usage entre véhicules et piétons.

70%

des accidents mortels piétons surviennent en agglomération

Selon les données définitives ONISR 2024, 35 % des piétons tués ont 75 ans ou plus. Les seniors, les enfants aux abords des écoles, les personnes à mobilité réduite : ce sont eux qui paient le prix des aménagements insuffisants. Et franchement, quand je vois certaines configurations de trottoirs, je comprends pourquoi.

Configuration urbaine montrant un conflit d'usage entre véhicules stationnés et cheminement piéton
Zone de conflit typique entre stationnement et circulation piétonne

La réglementation évolue. L’article L118-5-1 du Code de la voirie routière impose la suppression du stationnement motorisé dans les 5 mètres en amont des passages piétons d’ici au 31 décembre 2026. Cette obligation va mécaniquement pousser les collectivités à repenser leurs aménagements. Le mobilier urbain devient alors un outil stratégique pour matérialiser ces nouvelles zones.

Mon avis sur ce point : ne pas attendre l’échéance réglementaire pour agir. Les communes qui anticipent gagnent du temps sur les consultations et bénéficient de meilleures conditions tarifaires auprès des fournisseurs.

Les équipements qui protègent vraiment : ce qui fonctionne sur le terrain

Soyons clairs : tous les équipements ne se valent pas. Dans ma pratique, j’observe que les collectivités se perdent souvent dans les catalogues produits sans vision globale de ce qui répond réellement à leur problématique. Je me concentre ici sur les quatre familles d’équipements qui font leurs preuves.

Les potelets restent l’équipement le plus répandu. Leur fonction première : empêcher physiquement les véhicules de monter sur le trottoir. Mais attention, leur efficacité dépend entièrement de l’espacement. Selon l’analyse juridique Delcourt, l’espacement entre potelets doit être d’environ 1,40 à 1,50 m pour permettre le passage d’un fauteuil roulant tout en bloquant les véhicules. Des catalogues professionnels comme celui de procity.eu permettent d’identifier les modèles conformes aux exigences d’accessibilité.

Quel équipement pour quel contexte urbain
Équipement Contexte idéal Protection Accessibilité PMR Budget indicatif
Potelet fixe Trottoirs, abords écoles Anti-stationnement Espacement 1,40 m mini 80-250 € / unité
Borne anti-bélier Zones sensibles, places piétonnes Anti-intrusion véhicule Passage latéral requis 800-3000 € / unité
Barrière de sécurité Sorties écoles, zones à forte affluence Canalisation flux Ouvertures PMR intégrées 150-400 € / mètre linéaire
Jardinière lestée Terrasses, zones de rencontre Dissuasion + esthétique Contournement aisé 300-1200 € / unité

Les bornes anti-bélier répondent à une problématique différente : la protection contre l’intrusion volontaire de véhicules. Leur conception intègre des tests de résistance normalisés. Je les recommande systématiquement pour les places piétonnes de centre-ville et les parvis d’établissements recevant du public.

Technicien municipal inspectant un alignement de potelets de sécurité sur une voirie urbaine
Vérification terrain de l’implantation des équipements

Les barrières de sécurité et garde-corps jouent un rôle de canalisation des flux. Aux sorties d’écoles, elles évitent que les enfants ne se précipitent sur la chaussée. Leur hauteur d’un mètre suffit dans la plupart des cas, comme le précisent les recommandations techniques du CEREMA.

Bon à savoir : Les jardinières lestées combinent fonction décorative et protection. Elles conviennent particulièrement aux zones de rencontre où l’esthétique compte autant que la sécurité. Comptez un lestage d’environ 500 kg minimum pour une résistance efficace.

Implantation : les erreurs qui annulent l’efficacité de vos équipements

J’ai accompagné une commune périurbaine l’année dernière sur la sécurisation des abords d’une école primaire. Le problème initial : stationnement sauvage quotidien sur le trottoir, enfants obligés de marcher sur la chaussée. Budget limité et contrainte d’accessibilité PMR. Nous avons opté pour des bornes anti-stationnement avec chaînettes amovibles permettant l’accès des services d’urgence.

Implantations qui annulent la protection : Sur certains projets que j’ai pu observer, l’espacement excessif entre potelets (au-delà de 1,40 m) annule complètement leur fonction protectrice. Une voiture passe sans difficulté. Pire : les usagers pensent être protégés alors qu’ils ne le sont pas. Ce constat est limité aux configurations que j’ai analysées et peut varier selon les flux locaux.

L’erreur la plus fréquente que je rencontre concerne les passages PMR mal positionnés. Les normes d’accessibilité imposent un passage minimum d’un mètre entre deux potelets pour permettre le passage d’un fauteuil roulant. Mais ce passage doit aussi être détectable visuellement et tactilement. Le décret n° 2006-1658 issu de la loi handicap de 2005 définit ces exigences.

Sortie d'école française sécurisée par des barrières et potelets de protection piétonne
Aménagement sécuritaire aux abords d’établissement scolaire

Autre piège classique : installer des équipements conformes individuellement mais incohérents dans leur ensemble. J’ai vu des potelets haute visibilité (minimum 1200 mm de hauteur) côtoyer des bornes basses de 50 cm sur le même trottoir. Résultat : confusion visuelle et détection impossible pour les personnes malvoyantes.

Vérifications avant validation de votre projet



  • Espacement potelets : 1,40 m maximum entre axes pour bloquer véhicules


  • Passage PMR : 1 m minimum libre à chaque extrémité d’alignement


  • Contraste visuel : bande de couleur contrastée obligatoire sur potelets


  • Cohérence hauteur : uniformiser sur l’ensemble du linéaire traité


  • Accès services : prévoir système amovible ou escamotable si nécessaire

En accompagnant les collectivités, je constate que la phase de diagnostic préalable est souvent bâclée. On installe d’abord, on constate les problèmes ensuite. L’aménagement urbain pour la sécurité de tous suppose une analyse des flux réels avant tout choix d’équipement.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif. Respectez les normes en vigueur et consultez un bureau d’études spécialisé pour tout projet d’aménagement.

Vos questions sur le mobilier urbain et la sécurité piétonne

Quel espacement respecter entre les potelets pour l’accessibilité ?

L’espacement recommandé se situe entre 1,40 et 1,50 m entre les axes des potelets. Cela permet de bloquer le passage d’un véhicule tout en laissant un espace suffisant pour un fauteuil roulant ou une poussette double. Prévoyez également un passage libre d’au moins 1 m à chaque extrémité de l’alignement.

Qui finance le mobilier urbain de sécurité ?

Le financement relève généralement du budget voirie de la collectivité (commune ou intercommunalité). Des subventions existent via les contrats de plan État-Région, les fonds de la Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux (DETR) ou les programmes de sécurité routière départementaux. Renseignez-vous auprès de votre préfecture.

Les jardinières sont-elles efficaces contre les véhicules ?

Leur efficacité dépend directement du lestage. Une jardinière de 500 kg minimum offre une résistance significative à basse vitesse. Pour une protection anti-bélier certifiée, orientez-vous vers des modèles testés selon les normes IWA 14 ou PAS 68. Les jardinières classiques conviennent davantage à la dissuasion du stationnement qu’à la protection contre l’intrusion.

Comment choisir entre potelets fixes et amovibles ?

Les potelets fixes conviennent aux zones où aucun accès véhicule n’est nécessaire. Les modèles amovibles ou escamotables s’imposent dès qu’un accès pompiers, livraisons ou marchés est requis. Prévoyez un système à clé triangle ou cadenas sécurisé pour éviter les retraits non autorisés.

Pour aller plus loin sur la sécurisation des espaces publics dédiés aux enfants, vous pouvez consulter notre guide sur le mobilier de jeux sécurisés pour enfants.

Et maintenant ?

Si vous ne devez retenir qu’une chose : le mobilier urbain de sécurité fonctionne uniquement quand l’implantation respecte les espacements normatifs. Un potelet mal positionné, c’est de l’argent public gaspillé et une fausse impression de sécurité pour les usagers.

Votre prochaine étape



  • Réaliser un diagnostic des flux piétons sur les zones à sécuriser prioritairement


  • Vérifier la conformité PMR de vos aménagements existants (espacement, contraste)


  • Anticiper l’échéance du 31 décembre 2026 sur les abords de passages piétons

La question à vous poser avant votre prochain projet : avez-vous cartographié les points de conflit réels entre véhicules et piétons, ou partez-vous des plaintes reçues en mairie ?

Rédigé par Marc Beaufort, spécialiste en aménagement urbain et sécurité routière exerçant en bureau d'études depuis 2012. Basé en région parisienne, il accompagne collectivités et aménageurs sur des projets de sécurisation des espaces publics. Son expertise porte sur l'intégration du mobilier urbain dans les schémas de circulation douce et la conformité aux normes d'accessibilité. Il intervient régulièrement en formation auprès des services techniques municipaux.